Traquée

Sous aucun prétexte, elle ne devait ralentir le pas. L’autre gagnait du terrain, elle le sentait bien. Encore un effort toutefois, et peut-être finirait-il par se lasser. Elle était capable de courir vite et ne doutait guère de ses capacités d’endurance. Rompue à ce petit jeu mortel, elle avait toujours trouvé le moyen de mettre en déroute ses adversaires. Mais elle savait que la moindre erreur pouvait lui être fatale. D’ailleurs, le souffle commençait à lui manquer. Le vent qui, ce matin encore, caressait délicatement son visage s’était retourné contre elle. La poussière attaquait ses yeux, sa vision devenait floue. Elle s’épuisait… N’écoutant que son instinct, elle obliqua subitement sur sa gauche, dans une – vaine? – tentative de tromper son ennemi. Mauvais calcul! Sans doute fragilisée par une longue période de disette forcée, elle perdit une précieuse fraction de seconde dans la manœuvre. Il était à présent sur ses talons, elle pouvait sentir le souffle chaud de sa respiration. Tous sens en alerte, elle accéléra le rythme dans un ultime sursaut d’énergie. Elle devait tenir le coup. Pour sa propre survie certes, mais aussi et surtout pour celle de ses petits. Elle banda ses muscles, bondit… Quand les crocs acérés du guépard se refermèrent sur son flanc, la gazelle n’eut d’autre choix que de s’avouer vaincue.