Paris attendra

«Alouette, gentille alouette, alouette, je te plumerai…» Recroquevillé dans le coffre de la 4×4, Naïm attendait le retour des touristes, fredonnant, pour se donner du courage, la chanson que Thomas lui avait apprise l’an dernier. Chaque jour, il en reprenait les paroles, pour ne rien oublier. Quelle ne serait pas la surprise de son ami, en le découvrant sur le pas de sa porte, à Paris, entonnant l’air qu’ils avaient ensemble maintes fois répété! Naïm étouffa un rire en imaginant les yeux écarquillés de Thomas et de ses parents…

Paris. Depuis le temps que Naïm en rêvait… Son cousin Isham, qui était parti là-bas étudier, lui décrivait, à chaque visite à Ezouaya, le monde incroyable dans lequel il évoluait. Les immeubles qui s’élançaient dans le ciel, les cinémas où s’affrontaient sur écran géant chevaliers, robots et policiers, les voitures qui circulaient par centaines dans les avenues. Naïm, lui, ne connaissait que son village. Il s’était bien rendu quelques fois à M’Hamid, où les touristes résidaient avant leur périple dans le désert, mais Isham lui avait dit que cela n’avait rien à voir avec Paris.

Et puis, l’an dernier, il avait rencontré Thomas, en voyage avec sa famille. Thomas, dont la maman algérienne lui avait appris quelques mots d’arabe et avec qui le courant était tout de suite passé. Ils s’étaient juré qu’ils se reverraient.

L’idée avait alors mûri dans l’esprit de Naïm. Il lui suffirait de se glisser dans l’une des 4×4 qui faisaient escale à Ezouaya et de parcourir ainsi les centaines de kilomètres qui le séparaient de Rabat ou de Marrakech. Là-bas, il se débrouillerait bien pour trouver un avion à destination de Paris! Son plan était parfait…

Sauf qu’il commençait à trouver le temps long. Voilà deux heures que les touristes s’étaient aventurés dans l’oasis. Allongé en chien de fusil sous une couverture, Naïm ne sentait plus son pied gauche. Et puis, il avait chaud. Et faim. Il pensa aux galettes que sa maman avait préparées le matin même. Au méchoui qui était prévu pour le mariage de sa sœur la semaine prochaine. Il en salivait d’avance! Il se rappela aussi la conversation qu’il avait eue avec son père, la veille. Quand ce dernier lui avait confié la responsabilité du nouveau chamelon, né quelques jours auparavant. Il lui avait déjà trouvé un nom: Habib.

Naïm soupira et s’extirpa de sa cachette. Paris attendrait…

(Texte écrit dans le cadre d’un concours sur le thème «Enfant(s) du désert». Il me semble que, par sa forme, il trouve aussi sa place sur ce blog… A vous de me dire s’il vous plaît!)