Apocalypse

59, 58, 57…

A la radio, le compte à rebours a commencé: dans moins d’une minute, notre bonne vieille Terre aura cessé d’exister.

Je n’arrive toujours pas à y croire.

Pourtant, depuis que la NASA a lâché sa bombe il y a un mois – l’inexorable chute de la comète Watson: impact calculé à la seconde près – le mot est sur toutes les lèvres: fin du monde. Des plateaux de télévision au bar du coin, scientifiques de renom et philosophes de comptoir étalent leurs théories. Les premiers analysant froidement, à grand renfort de schémas animés, la trajectoire de l’astre suicidaire et les seconds dissertant sur la meilleure attitude à adopter, à présent qu’il n’y a plus rien à perdre. Ils se mettent rapidement d’accord sur un programme résumé en trois mots: sexe, drogue et rock’n’roll.

Certains ont bien tenté de crier au complot, mais semblent finalement s’être rangés à l’avis général: l’apocalypse est inéluctable. Prêtres, imams, rabbins, dignitaires religieux de tous les pays ont vu leurs lieux saints pris d’assaut par une foule de nouveaux fidèles. D’autres, sourds à l’appel divin, ont préféré se suicider avant le dénouement.

Quant à moi, j’ai décidé de passer mes derniers instants sur Terre seule dans mon appartement. Aucune envie d’égrainer en troupeau les dernières secondes comme à la veille du Nouvel An.

Quoique. La solitude pèse bien lourd en cette minute funeste. Ai-je eu raison de décliner l’invitation de ma copine Juliette? A l’heure qu’il est, sa fête pré-apocalyptique doit battre son plein. De toute façon, plus le temps de changer d’avis. Plus le temps de rien.

44, 43, 42…

Je jette un regard distrait autour de moi. Sur mes 30 mètres carrés meublés avec soin. Placardées sur le frigo, quelques photos: souvenirs de voyages, portraits de familles, selfies avec des amis. C’est donc cela, une vie? De petits moments de bonheur qu’on immortalise et idéalise pour masquer la banalité du quotidien? Finis les grands projets: Dame Procrastination doit bien se gausser. Définitivement, mon histoire se résumera à ce que j’ai vécu jusqu’à maintenant.

Des regrets? Bien sûr, comme tout le monde. Un en particulier. Mais je refuse de tomber dans le piège de la nostalgie. A quoi bon? Je secoue la tête, chassant le souvenir importun. Me verse encore un verre de vin. Je gardais ce Bourgogne pour une grande occasion. La fin du monde est arrivée à point nommé!

28, 27, 26, 25…

Malgré l’alcool, l’image ne veut pas s’effacer. Au contraire, le visage que j’essaie depuis dix ans d’oublier m’apparaît plus net que jamais. Je le revois ce dernier matin de vacances estivales, sur la terrasse de notre hôtel parisien, d’où nous arrivions tout juste, en nous penchant, à apercevoir la Tour Eiffel. Je distingue parfaitement ses traits tirés, son sourire las, son regard brûlant dans lequel brillait une lueur que j’avais tardé à déchiffrer: la résignation. Pourtant, le sentiment ne m’était pas étranger et empoisonnait chaque jour davantage mes pensées. Malgré la passion qui nous unissait, nos différences nous rongeaient. Notre relation semblait vouée à l’échec. L’était-elle vraiment?

Nous nous étions quittés le jour-même, et n’avions pas cherché à nous revoir: trop douloureux. Si je n’avais jamais vraiment réussi à l’oublier, il s’écoulait parfois de longs mois sans qu’il ne hante mon esprit. Pourquoi fallait-il qu’il s’invite en ces ultimes instants?

14, 13, 12, 11…

Dring! Je ne rêve pas, on a sonné. Qui peut bien me rendre visite à dix secondes de la fin du monde? Evidente à mes yeux, la réponse me paraît presque trop belle pour être vraie. Alors, lui aussi aurait voulu me revoir? Résoudre une bonne fois pour toute notre histoire alambiquée avant qu’il ne soit trop tard?

Allons, allons, nous ne sommes pas dans un roman! Il ne manquerait plus qu’il ait trouvé le moyen de sauver la planète, et le tableau serait complet… Riant jaune de mon romantisme exacerbé, je me dirige vers l’entrée, pose ma main sur la poignée, entrebâille la porte, et…

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La dernière minute

Je débute ici un projet qui me tient à cœur depuis quelque temps: écrire une série d’histoires courtes explorant le même thème, la dernière minute. Qu’il s’agisse des ultimes instants d’un rendez-vous, d’un hold-up, d’un marathon, de la vie d’un éphémère ou de celle d’un condamné à mort. La liste n’est évidemment pas exhaustive. Je me laisserai guider par l’inspiration…

J’essaierai de poster une histoire au moins tous les quinze jours, si j’arrive à tenir le rythme. Je publierai la première tout prochainement. Bien entendu, je suis ouverte à tout commentaire! Merci d’avance!